Jeudi 11 décembre 2008
Chose promise, chose due : voici une autre série que vous ne verrez jamais : Global Frequency.
Couverture de
Global Frequency #6 : "The Run"
Global Frequency, au départ, c'est un comic "expérimental" (non, ce n'est pas un gros mot). Une BD qui se lit comme une série TV à suspense, plus speed que 24 et plus intense que The Shield. Douze tomes indépendants, dont les personnages changent à chaque numéro, hormis deux. Quel est l'intérêt ? On ne sait pas si, à l'issue de l'histoire, les protagonnistes vont survivre. Ce qui arrive assez rarement, il faut bien l'avouer. Douze tomes, douze dessinateurs, un seul auteur.
Passons au scénario : Global Frequency, c'est une agence non-gouvernementale de "sauvetage" (comprendre "de renseignements et opérations", comme la CIA mais indépendante). Des agents partout dans le monde, qui ne se connaissent pas entre eux, ont chacun leur vie bien à eux, mais qui laissent tout tomber quand on les appelle sur le téléphone de l'agence. Parmi ces gens, on trouve de tout : des espions, des soldats, des ingénieurs ... des profs de fac, des athlètes de haut niveau, des conférenciers, des illusionnistes et des chauffeurs de taxi. Si vous êtes le meilleur dans votre domaine, quel qu'il soit, vos compétences peuvent être utiles pour sauver des vies. Et c'est bien là la mission de Global Frequency : quand les gouvernements hésitent pour des raisons diplomatiques ou politiques, quand les flics sont dépassés, quand l'armée préfère étouffer l'affaire ... ils sont là. Pour coordonner toutes ces personnes, il y a Aleph, punkette trashy et hackeuse de génie qui surveille le monde depuis ses écrans, et Miranda Zero ("c'est votre vrai nom ?" - "c'est le seul que je vous donnerai."), énigmatique chef de ce réseau, que l'on sait avoir appartenu à diverses agences avant de mettre la fréquence sur pieds. Sous couvert d'une bande dessinée qui va à 200 à l'heure, Warren Ellis (encore lui!) nous parle politique, droits de l'homme, parapsychologie et science-fiction. Un peu comme si John Le Carré était adapté par Michael Bay, avec Tom Clancy en producteur exécutif : dense, sombre, gros budget, technologie de pointe, mais scénario quand même.
Mais revenons à nos moutons. En 2005, la Warner commande donc un pilote pour une série adaptée de ce comic. L'histoire, on la connaît : le pilote n'a pas été retenu, il devait rester dans les cartons, et quelqu'un l'a diffusé sur les réseaux P2P. Et donc, tous les fans l'ont vu*.
Sean Flynn, Katrina
Finch, Aleph et Miranda Zero
San Francisco, en plein nouvel an chinois. Sean Flynn, ex-flic, rentre chez lui après s'être tapé des nouilles à la barraque-à-frites du coin, quand son attention est attirée par un flash lumineux dans une ruelle. Sur place, il découvre un demi cadavre assis contre le mur : toute la moitié droite a disparu, comme désintégrée. Encore tout secoué, il entend un téléphone sonner, le trouve par terre, et finit par décrocher après une hésitation. Ca y est, il vient de rentrer en contact avec quelqu'un de Global Frequency, la conspiration internationale qui est en train d'être dévoilée par les media. Le type coupé en deux est était un de leurs agents, et le temps est compté. Dans quelques heures, les radiations qu'on détecte dans la région depuis quelques heures vont devenir critiques, et il faut trouver ce qui en est à l'origine et l'arrêter avant que la moitié de la ville ne soit détruite. Pas le temps de faire venir un remplaçant, l'agent de terrain le plus proche est à Los Angeles. Flynn, réticent, vient de se faire embaucher. Première tâche : attendre l'arrivée d'un autre agent, la physicienne gaffeuse Katrina Finch, qui est dépêchée en tant qu'expert (élément comique de la série, et paradoxalement vétéran de l'agence, alors que Flynn le "dur" découvre un monde auquel il ne s'attendait pas).
L'intrigue du pilote reprend fidèlement l'intrigue du premier tome de la bande dessinée, "Bombhead". Parmi les adaptations de rigueur pour le format TV, la différence notable est l'établissement d'un casting récurrent, nécessaire à fidéliser le téléspectateur. Flynn et Finch sont clairement annoncés comme des "permanents" de la série, alors que dans l'original seules Aleph et Zero apparaissent dans tous les volumes. En revanche, le climax de fin d'épisode est exactement le même que dans le comic, et ça annonçait quelque chose de prometteur : sous des airs de divertissement pop-corn, le ton dramatique et amer de l'oeuvre était conservé. Pop-corn, certes, mais pop-corn pour adultes.
Une fois cette adaptation de Bombhead (#1) vue, en fan exalté qui se respecte, je me suis tout de suite demandé comme les merveilles scénaristiques qu'on trouve dans les autres numéros du comic allaient pouvoir être portés à l'écran.
... et après m'être emballé, j'ai enfin enregistré l'information initiale : non, ce pilote n'a pas été jugé concluant, et la série ne verra jamais le jour. Snif.
Couverture de
Global Frequency #7 : "Detonation"
Relativisons. Global Frequency n'est pas un excellent pilote. Il est bon, certes, même très bon à mon avis, mais rien de révolutionnaire comme ceux de Breaking Bad ou The Shield ont pu l'être. Toutefois, la raison pour laquelle il me tient à coeur, c'est que c'est, à mon sens, la seule et unique adaptation fidèle d'un comic, tant dans la forme que dans l'esprit. J'ai aimé Constantine, mais ça n'a rien à voir avec Hellblazer. J'ai pas détesté la franchise X-Men, mais ça a pris des libertés considérables par rapport à la BD.
Sur le net, les fans ont tenté des pétitions pour que la Warner reconsidère son choix, mais ça n'a pas marché. Quand on pense que celle pour Jericho, elle, a réussi ... j'en ai mal à mon petit coeur. Global Frequency est parfois même surnommée "la série jamais diffusée qui a le plus de succès". Pour preuve, sur Youtube on peut trouver des trailers faits par des aficionados pour convaincre les non-initiés.
En conclusion, quitte à me répéter : snif.
* Le piratage est un délit. Ne faites pas ça chez vous, les enfants.
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Global Frequency #6 : "The Run"Global Frequency, au départ, c'est un comic "expérimental" (non, ce n'est pas un gros mot). Une BD qui se lit comme une série TV à suspense, plus speed que 24 et plus intense que The Shield. Douze tomes indépendants, dont les personnages changent à chaque numéro, hormis deux. Quel est l'intérêt ? On ne sait pas si, à l'issue de l'histoire, les protagonnistes vont survivre. Ce qui arrive assez rarement, il faut bien l'avouer. Douze tomes, douze dessinateurs, un seul auteur.
Passons au scénario : Global Frequency, c'est une agence non-gouvernementale de "sauvetage" (comprendre "de renseignements et opérations", comme la CIA mais indépendante). Des agents partout dans le monde, qui ne se connaissent pas entre eux, ont chacun leur vie bien à eux, mais qui laissent tout tomber quand on les appelle sur le téléphone de l'agence. Parmi ces gens, on trouve de tout : des espions, des soldats, des ingénieurs ... des profs de fac, des athlètes de haut niveau, des conférenciers, des illusionnistes et des chauffeurs de taxi. Si vous êtes le meilleur dans votre domaine, quel qu'il soit, vos compétences peuvent être utiles pour sauver des vies. Et c'est bien là la mission de Global Frequency : quand les gouvernements hésitent pour des raisons diplomatiques ou politiques, quand les flics sont dépassés, quand l'armée préfère étouffer l'affaire ... ils sont là. Pour coordonner toutes ces personnes, il y a Aleph, punkette trashy et hackeuse de génie qui surveille le monde depuis ses écrans, et Miranda Zero ("c'est votre vrai nom ?" - "c'est le seul que je vous donnerai."), énigmatique chef de ce réseau, que l'on sait avoir appartenu à diverses agences avant de mettre la fréquence sur pieds. Sous couvert d'une bande dessinée qui va à 200 à l'heure, Warren Ellis (encore lui!) nous parle politique, droits de l'homme, parapsychologie et science-fiction. Un peu comme si John Le Carré était adapté par Michael Bay, avec Tom Clancy en producteur exécutif : dense, sombre, gros budget, technologie de pointe, mais scénario quand même.
Mais revenons à nos moutons. En 2005, la Warner commande donc un pilote pour une série adaptée de ce comic. L'histoire, on la connaît : le pilote n'a pas été retenu, il devait rester dans les cartons, et quelqu'un l'a diffusé sur les réseaux P2P. Et donc, tous les fans l'ont vu*.
Sean Flynn, Katrina
Finch, Aleph et Miranda ZeroSan Francisco, en plein nouvel an chinois. Sean Flynn, ex-flic, rentre chez lui après s'être tapé des nouilles à la barraque-à-frites du coin, quand son attention est attirée par un flash lumineux dans une ruelle. Sur place, il découvre un demi cadavre assis contre le mur : toute la moitié droite a disparu, comme désintégrée. Encore tout secoué, il entend un téléphone sonner, le trouve par terre, et finit par décrocher après une hésitation. Ca y est, il vient de rentrer en contact avec quelqu'un de Global Frequency, la conspiration internationale qui est en train d'être dévoilée par les media. Le type coupé en deux est était un de leurs agents, et le temps est compté. Dans quelques heures, les radiations qu'on détecte dans la région depuis quelques heures vont devenir critiques, et il faut trouver ce qui en est à l'origine et l'arrêter avant que la moitié de la ville ne soit détruite. Pas le temps de faire venir un remplaçant, l'agent de terrain le plus proche est à Los Angeles. Flynn, réticent, vient de se faire embaucher. Première tâche : attendre l'arrivée d'un autre agent, la physicienne gaffeuse Katrina Finch, qui est dépêchée en tant qu'expert (élément comique de la série, et paradoxalement vétéran de l'agence, alors que Flynn le "dur" découvre un monde auquel il ne s'attendait pas).
L'intrigue du pilote reprend fidèlement l'intrigue du premier tome de la bande dessinée, "Bombhead". Parmi les adaptations de rigueur pour le format TV, la différence notable est l'établissement d'un casting récurrent, nécessaire à fidéliser le téléspectateur. Flynn et Finch sont clairement annoncés comme des "permanents" de la série, alors que dans l'original seules Aleph et Zero apparaissent dans tous les volumes. En revanche, le climax de fin d'épisode est exactement le même que dans le comic, et ça annonçait quelque chose de prometteur : sous des airs de divertissement pop-corn, le ton dramatique et amer de l'oeuvre était conservé. Pop-corn, certes, mais pop-corn pour adultes.
Une fois cette adaptation de Bombhead (#1) vue, en fan exalté qui se respecte, je me suis tout de suite demandé comme les merveilles scénaristiques qu'on trouve dans les autres numéros du comic allaient pouvoir être portés à l'écran.
- Big Sky (#5), intrigue métaphysique dans laquelle les habitants d'un village islandais ont tous perdu la raison suite à une vision religieuse.
- The Run (#6), où une athlète a vingt minutes pour parcourir Londres d'un bout à l'autre afin d'empêcher un attentat.
- Superviolence (#10), une bagarre à mort de 20 pages avec quasiment aucun dialogue, entre deux types.
- Et surtout, le chef d'oeuvre, le tome 9 non titré qui vous fait passer la série des Silent Hill pour un remake de la Petite Maison dans la Prairire.
... et après m'être emballé, j'ai enfin enregistré l'information initiale : non, ce pilote n'a pas été jugé concluant, et la série ne verra jamais le jour. Snif.
Couverture de
Global Frequency #7 : "Detonation"Relativisons. Global Frequency n'est pas un excellent pilote. Il est bon, certes, même très bon à mon avis, mais rien de révolutionnaire comme ceux de Breaking Bad ou The Shield ont pu l'être. Toutefois, la raison pour laquelle il me tient à coeur, c'est que c'est, à mon sens, la seule et unique adaptation fidèle d'un comic, tant dans la forme que dans l'esprit. J'ai aimé Constantine, mais ça n'a rien à voir avec Hellblazer. J'ai pas détesté la franchise X-Men, mais ça a pris des libertés considérables par rapport à la BD.
Sur le net, les fans ont tenté des pétitions pour que la Warner reconsidère son choix, mais ça n'a pas marché. Quand on pense que celle pour Jericho, elle, a réussi ... j'en ai mal à mon petit coeur. Global Frequency est parfois même surnommée "la série jamais diffusée qui a le plus de succès". Pour preuve, sur Youtube on peut trouver des trailers faits par des aficionados pour convaincre les non-initiés.
En conclusion, quitte à me répéter : snif.
* Le piratage est un délit. Ne faites pas ça chez vous, les enfants.
On dirait l'affiche d'un remake de la Beuze par Tim Burton. Mais non, c'est
un authentique slasher. Comme quoi, après Poultrygeist et Black Sheep, et sans compter les séries Z, on peut quand même encore faire pire en se prenant au sérieux.
